Je suis croyant, très croyant.
Je n’aurais jamais cru croire à ce point.
C’est de famille, j’ai été conçu à la missionnaire, élevé sous la mère supérieure, baptisé au vin de messe, à la bénédictine, à la chartreuse, au saint-émilion, au spiritueux.
Je rends grâce à l’absinthe vierge, j’avale des chapelets et des chapelets de Jésus, de Morteau (Oui, Jésus est mort tôt, à 33 ans).
Mais attention, pas de favoritisme. J’ai pris soin de diversifier mes croyances, on ne sait jamais, il ne faudrait pas qu’un Dieu se sente délaissé. J’ai les foies, comme on dit. Je passe d’une foi à l'autre, en toute infidélité. Il m’arrive de pratiquer plusieurs fois par jour. J’ai même atteint des records, lors d’une année particulièrement sabbatique, exactement mille deux cent trente-quatre fois, en une seule année : extension, génuflexion, prosternation. J’étais sur les genoux...
Je suis comme le chrétien de base, le chrétien des Alpes. Je suis convaincu que depuis le premier rhum sur la terre, du Negrita je crois, il y a quelque part, au-dessus de nos têtes, un gros alambic qui nous distille la bonne parole et nous envoie pour nous purifier l’esprit-de-vin divin.
Oh, qu’on ne se méprenne pas : pour moi, tous les dogmes sont égaux.
J’ai le feu au culte, j’ai le rite dans la peau. Je prie à l’unité, je prie au kilo, je prie à la tonne, les yeux au ciel, la tête tournée vers La Mecque et les pieds tournés vers la méc…réante.
Grâce à Dieu, ma vie a un sens, ma voiture une essence, ma libido une excroissance et ma cave un sancerre...
Je vis à Dieu cent à l’heure : je me prélasse avec des prélats, je vais au hammam avec des imams et des ra…bbins turcs. J’écoute de la musique religieuse orthodoxe, la musique pope. Je m’éclate dans les bals mosquée, les pince-messes, les défilés de prêtre-à-porter.
Je pontifie à loisir. Je pars en vacances en papamobile-home, je kiffe les califes, admire les émirs, je suis des séminaires de mités sémites, de traditionalistes taoïstes, des sophistes soufis, fréquente des sultanes occitanes en soutane, en fumant des Gitanes au méthane….mahométanes...
J’achète des foulards islamiques chez Hermès, je vais dans les concerts ecclésiastiques où j’attrape au vol les petites calottes jetées par les évêques.
Les cardinaux des quatre coins du monde me déboussolent, je fais des cures de curés, des grogs de synagogues, des piqûres d’abbaye, je prends des bains de Saint-Siège, me drogue aux pagodes, me parfume aux basiliques, me grise d’églises, m’enivre aux grands livres : ashram graal sikh et sikh et collégiale, curé curé rastaman ashram graal...
J’aperçois un chanoine qui traverse devant moi : c’est mon jour de chance ! J’ai eu la médaille de bonze, aux jeux œcuméniques de Salt Lake City.
J’ai appris la moto avec le mollah Omar, je pétarade avec un camarade séfarade (ah qu’c’est naze).
Je bois des bières trappistes, je mange de la chaussée aux moines, j’ai obtenu l’Aïd... à domicile !
J’ai poussé des études sur les gréco-romains jusqu’au niveau Bacchus + 5.
Tous les jours Jehovah au bistro ! Allah bonne franquette !
Et, pilier de bar-mitsva, les pieds sous les Tables de la loi, je me soûle de religions : je sirote des sourates, me pochtronne aux tantras, je me pinte aux sacrés, je m’arsouille au jus de psaume, je me camphre à la charia, je me charge au Talmud.
Après force méditation transcendantale et labiodentale, je m’endors dans les bras d’une « doudou » hindoue non sans avoir au préalable sacrifié à son divin culte vaudou, en chantant la cabale du pêcheur du père Cabrel, en pleurant tous les lacrima-christi de mon corps, avec sous le bras un thermomètre au Dieu Mercure et sur la langue un petit bout du dieu de la guerre... un Mars.
Je suis un prosélyte zélé, j’arbore tous les signes ostentatoires de mes croyances : je vais au turbin en turban. Salut les kippas, je mets les voiles, j’adore les tchadors, croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer.
Je colle religieusement un Judas sur chacune de mes portes, y compris celle qui donne sur la rue…. Une porte casher... je collectionne les Bouddhas, les Bouddhas noirs, les Bouddhas blancs, les Bouddhas antillais, je reste zen
Je crois en l’au-delà, enfin de là-haut...Tseu, je ne sais plus.
J’hésite, jésuite, j’ai l’esprit un peu Confucius, j’ai des diarrhées Krishna, je me roule des joints dans du papier bible, je fume indifféremment du chiite ou du sunnite, je suis un illuminé accroc aux prises de Coran. Je me suis même branché sur le sectaire : liqueur de Mandarom, clair de Moon, un verre de mormon et deux doigts de fiente-au-logis...
Parfois je me dis : trop, c’est trop. Certains soirs de blues, je songe à me désintoxiquer. Pouvoir rentrer dans un bar, sans être obligé de mettre la main au bénitier, regarder le « Brahman » bien en face et lui dire :
- Servez-moi un athée bien chaud.
- Au saint chrême, à la torah, avec une étoile, un croissant ?
- Non, un athée nature. Avec un nuage de légèreté, à Dieu cent à l'heure.
Vincent Roca