L’ambassadrice était un homme !

Grand, élancé, les cheveux blonds et le physique androgyne, Charles-Geneviève d'Éon de Beaumont a pratiqué toute sa vie le travestissement à la perfection, au point que la légende voudrait qu'on doute encore de son véritable sexe.

Né homme, celui que l'histoire a immortalisé sous le nom de « chevalier d'Éon » est doué d’une sensibilité qui lui fait préférer très tôt la compagnie des femmes.

C’est à l’occasion d’un bal masqué, où il s’est déguisé en jeune fille, que Louis 15 l’aurait rencontré pour la première fois. Trompé par la perfection de son grimage, il l’aurait pris de bonne foi pour une femme, l’idée aurait alors germé chez le roi d’utiliser les capacités de travestissement de cet homme, par ailleurs très cultivé, pour servir ses projets diplomatiques vis-à-vis de la Russie.

Le plan est le suivant : transformé en femme, le chevalier d’Éon pourrait plus facilement que quiconque gagner la confiance de la tsarine et lui soutirer des informations, voire l’influencer pour qu’elle appuie la France dans la guerre de Sept Ans qui vient de commencer.

C’est ainsi qu’en 1756 une certaine Lia de Beaumont se présente à la cour de Russie. Sous les traits de cette jeune femme, Charles se montre d’une adresse telle qu’il devient un familier de la tsarine, et même sa lectrice particulière !

Bien sûr, des rumeurs naissent quand, deux ans plus tard, il retourne en Russie en tant que secrétaire d’ambassade sous son identité masculine... mais pour justifier la ressemblance, Charles prétend que Lia était sa sœur.

En 1762, le roi l’utilise à nouveau comme espion : Il l’envoie comme ambassadeur en Angleterre, officiellement afin d’y négocier les conditions de la paix... officieusement pour mettre au point un plan d’invasion de la Grande-Bretagne !

Mais à l’occasion d'un bal costumé qu’il organise, le chevalier d’Éon ne résiste pas au plaisir de se déguiser à nouveau en femme...

Et- voilà que la duchesse de Norfolk, stupéfaite, reconnaît en lui, la belle Lia de Beaumont, qu’elle avait rencontrée à la cour de Saint Pétersbourg. La rumeur va bon train, au point que les anglais se mettent à parier sur le réel de l’ambassadeur français.

Finalement disgracié le chevalier d'Éon s’est vu contraint de passer les 25 dernières années de sa vie... sous l’identité féminine de Geneviève de Beaumont.

Soumis à cette sentence à la perfection, il partageait même son logement avec une autre femme de son âge. C’est seulement à sa mort que celle-ci découvrit son sexe et son identité. Elle avait vécu quinze ans sans le savoir en compagnie d’un homme, le chevalier d’Éon !