Dans toutes les langues romanes, le mot « amour » dérive du latin « amor » formé sur le verbe « amare ».

Les romains utilisaient d’ailleurs « amare » à toutes les sauces : on aimait son épouse, sa mère, son voisin, le vin blanc, le cirque, la sieste, les dieux (exactement comme dans notre langue moderne).

Mais les Grecs, plus raffinés, disaient « eros » pour l’union physique (dépendant d'Aphrodite) et la passion (dépendant du dieu Eros) et qu’ils différenciaient en 4 sortes de lien affectif :

  • « physiké » pour l’amour naturel ou parental, unissant les êtres d’un même sang.
  • « xeniké » pour l’attirance entre les hôtes, qui rappelle la vertu d’hospitalité dans le monde antique.
  • « hétaïriké » pour les amis qui, seule, correspond exactement à ce que nous nommons l’amitié.
  • « erotiké » pour la relation amoureuse entre personnes même sexe ou de sexes différents.

De nos jours, le mot « amour » concerne surtout la passion, l’attrait physique, les relations sexuelles et, plus rarement, les liens familiaux (amour filial, maternel, paternel, fraternel).

La société humaine est la seule, dans le monde animal, où la femelle est chaque jour en mesure de participer aux relations sexuelles.

Avec l’emploi généralisé de la pilule anticonceptionnelle et d’autres moyens contraceptifs, la disparition de la plupart des inhibitions sociales empêchant l’épanouissement de la sexualité féminine, l’activité sexuelle, quel que soit son but, semble devenir la règle plutôt que l’exception.

Les moyens de communication (imprimés, cinématographiques, électroniques), reflets de cette évolution, n’occultent pratiquement plus rien de ce qui concerne le sexe.

Mais si vous croyez que télévision et magazines d’aujourd’hui exposent trop crûment les choses de l’amour, reportons-nous 450 ans av. J.-C., où, dans le « Cantique des cantiques », la Sulamite se déclare malade d’amour :

« Comme un pommier au milieu des arbres de la forêt,

Tel est mon chéri parmi les garçons.

A son ombre, selon mon désir, je m’assieds,

Et son fruit est doux à ma bouche.

Il me faut entrer au cabaret,

Mais son enseigne au-dessus de moi est Amour.

Restaurez-moi avec des gâteaux de raisin,

Soutenez-moi avec des pommes, car je suis malade d’amour »

Et, au 2e millénaire avant J.-C., l’incantation d’une Babylonienne ferait tiquer certains de nos censeurs :

« Excite-moi ! Excite-moi ! Bande ! Bande !

Excite-moi comme un cerf !

Bande comme un taureau sauvage...

Fais-moi l’amour six fois comme un mouflon !

Sept fois comme un cerf !

Douze fois comme un mâle de perdrix !

Fais-moi l’amour parce que je suis jeune !

Fais-moi l’amour parce que je suis ardente !

Fais-moi l’amour comme un cerf !

Et moi, protégée par le dieu Ningirsu, moi, je t’apaiserai »

(Amour et sexualité, 1984. Traduit par Jean Bottéro)

Ainsi, nous sommes partis du mot « amour » pour nous retrouver en plein « sexe ». C’est là toute l’histoire !

Robert Henri