La symbolique des minéraux peut prendre le relais de celle des métaux pour mesurer ou décrire la chaleur thermique du cœur et par conséquent ses qualités morales habituelles, ou son degré d'insensibilité.
Le marbre, la pierre, sont froids et morts. C'est un monstrueux paradoxe, contre nature, que d'avoir un cœur, normalement chaud et attendri, taillé dans des matières glacées.
OVIDE, les Métamorphoses, livre sixième :
Il était une fois une mortelle qui se nommait Niobé, elle était l’épouse d’Amphion, qui menait les chantiers avec sa lyre : de sa musique, il charmait les pierres qui lui obéissaient et se plaçaient d’elles-mêmes où il voulait, pour bâtir Thèbes.
Niobé donna le jour à sept filles et à sept fils, dont elle était trop fière.
Considérant que Létô la déesse, n’avait que deux enfants (Apollon et Artémis, excusez du peu !), elle s’estima plus digne qu’elle d’être adorée.
Létô, qui ne l’entendait pas de cette oreille, envoya ses deux fils à Thèbes pour mettre à mort les quatorze rejetons de Niobé.
Amphion mit lui-même fin à sa vie et à sa douleur. Tous les Thébains furent changés en pierre, et jusqu'à Niobé : Désormais sans famille, elle s’assit au milieu des cadavres de ses fils, de ses filles, de son époux ; le malheur l'a rendue insensible.
Aucun souffle d’air ne soulève ses cheveux, de son visage décoloré le sang s’est retiré, ses yeux, dans sa face morne, restent fixes. Il n’y a plus, dans toute sa personne, rien de vivant. Sa langue elle-même, dans sa bouche, contre son palais durci, se glace, et ses veines perdent tout pouvoir de battre, son cou ne peut plus fléchir, ses bras ne peuvent plus faire un mouvement, ses pieds, un pas. Jusqu’au fond des entrailles, elle est de pierre.
Pourtant, sur le mont Sipyle en Lydie (aujourd’hui en Turquie), Niobé, qui est devenue rocher, pleure, pleure toujours, pleure, mais trop tard.
L’histoire de Niobé est réconfortante : il n’y a pas de cœur de pierre, c’est-à-dire de cœur qui ne se laisserait pas entamer par la douleur. Il n'y a pas de cœur sans faille.