En prenant comme référence….
« Mesurer quelque chose à l'aune d'une autre » revient à les mettre en rapport, à prendre la seconde comme référence pour apprécier la valeur de la première.
C'est une manière élégante de dire « d'après ».
« Aune » vient d'un mot d'origine germanique désignant l'avant-bras.
C'était une unité de longueur. Il était courant que l'homme évalue l'espace qui l'entoure et le découpe en segments en prenant son propre corps comme point de comparaison.
En l'absence d'instruments de mesure, c'est un moyen commode et toujours disponible, mais approximatif. Le pouce, le pied, sont des étalons utilisés depuis l'Antiquité, de longueur variable selon les lieux et les époques et d'abord selon la taille de chacun ! Le coude (jusqu'au bout des doigts) nous a légué la « coudée », appréciée lorsqu'elle est franche, et l'avant-bras est à l'origine de l' « aune ».
Le terme « aune » s'est répandu comme unité d'environ un mètre vingt (un très long avant-bras !) et a surtout été utilisé dans le commerce des étoffes.
Jusqu'au 19e siècle, époque à laquelle cette unité fut supprimée, on pouvait acheter quelques « aunes » de drap. Les marchands d'étoffes, pour mener à bien la coupe, se sont dotés d'un instrument, une règle de bois (adopté comme symbole de la profession) correspondant exactement à la longueur d'une aune.
Certaines expressions modernes ont conservé la trace de l'origine très concrète du mot, sur le mode hyperbolique : un nez « long d'une aune » est démesurément long, une bouche ouverte « large d'une aune » est béante et marque la perplexité ou la surprise. « Mesurer à son aune », c'est juger d'après ses propres critères, voir midi à sa porte.
L'aune de Paris valait précisément 3 pieds, 7 pouces et 8 lignes. Il ne tient qu'à vous de le vérifier, mais il faut s'y mettre à plusieurs ! (Alain REY)