Désignant une femme laide inspirant le dégoût, « morue » est en premier lieu une insulte.
La métaphore s’applique d’abord aux prostituées pratiquant des passes bon marché. On signale leur présence du côté des Halles de Paris, près des étals de poissons, il y a deux siècles.
Quand on la combine à un adjectif possessif, cette figure du mépris peut subitement s’avérer assez affectueuse. Exemples : « Ma morue est en vacances chez sa mère »; «Tu diras bien le bonjour à ta morue !» ; «Je crois que sa morue fait la bamboula au club Med ».
Utilisée entre hommes pour désigner tant leur épouse que celle des autres, la métaphore témoigne d’une complicité triviale bien assumée, d’où sont bannies les formules empreintes de sentimentalité. On ne dirait pas, à propos de l’épouse d’un copain, « Tu diras bien le bonjour à ta biche ».
Avec morue, les hommes signalent à leurs amis qu’ils ont bien compris le neuvième commandement du Deutéronome : « Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain. »
Le terme peut être remplacé avec un bon degré de fiabilité par « mégère », femme vulgaire mais franche, dont le verbe est émaillé de grossièretés, de jurons et d’insultes.
Notons que les métaphores animales s’utilisent aussi d’une femme à l’autre, comme en atteste l’exemple qui suit : « Petites morues : à 14 ans, ça baise ! À 16 ans ça se tape plein de mecs... à 18 ans, ça veut se caser.»
Notons aussi que, dans le monde aquatique, il y a d’une mer à l’autre des singularités déroutantes. Ainsi au Danemark dire à une femme quelle est un hareng est perçu comme un compliment.