Corneille (16061684), à plus de cinquante ans (âge avancé pour l'époque), tomba amoureux de la jeune Du Parc, actrice et danseuse, elle se refusa à lui en le traitant de vieux rabougri Il lui adressa ce fameux poème :

Marquise, si mon visage

A quelques traits un peu vieux

Souvenez-vous qu'à mon âge

Vous ne vaudrez guère mieux !»

Malheureusement, la belle mourut dans la fleur de l'âge

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,

Je partirai, vois-tu, je sais que tu m'attends

J'irai par la forêt, j'irai par la montagne

Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,

Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,

Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,

Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,

Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,

Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe

Ce bouquet de houx vert et de bruyère en fleur

Victor Hugo

Sous le pont Mirabeau coule la seine

Et nos amours

Faut-il qu'il m'en souvienne

La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l'heure

Les jours s'en vont, je demeure

Guillaume Apollinaire

Je suis plus vieux que toi, cela fait un ménage

Qui passe du nonheur aux scènes pour un rien

Quand je me sens aimé, je crois que j’ai ton âge

Quand je me sens trahi, je sais que j’ai le mien.

Xanrof (à l’intention de sa jeune épouse)

Oui, dès l'instant que je vous vis,

Beauté féroce, vous me plûtes ;

De l'amour qu'en vos yeux je pris,

Sur-le-champ vous vous aperçûtes ;

Mais de quel air froid vous reçûtes

Tous les soins que pour vous je pris !

Combien de soupirs je rendis !

De quelle cruauté vous fûtes !

Et quel profond dédain vous eûtes

Pour les vœux que je vous offris !

En vain je priai, je gémis :

Dans votre dureté vous sûtes

Mépriser tout ce que je fis.

Même un jour je vous écrivis

Un billet tendre que vous lûtes,

Et je ne sais comment vous pûtes

De sang-froid voir ce que j'y mis.

Ah! fallait-il que je vous visse,

Fallait-il que vous me plussiez,

Qu'ingénument je vous le disse,

Qu'avec orgueil vous vous tussiez !

Fallait-il que je vous aimasse,

Que vous me désespérassiez,

Et qu'en vain je m'opiniâtrasse,

Et que je vous idolâtrasse

Pour que vous m'assassinassiez !

(Alphonse Allais)

POÉME MONORIME

Ode à une pucelle

Damoiselle, écoutez ma complainte :

Pour pénétrer en votre enceinte

Il me faudra ourdir maintes feintes

Je traverserai le labyrinthe

Et quand la bougie sera éteinte

Passionnément, sans nulle contrainte

Nous vivrons de très douces étreintes

Mais n'ayez surtout aucune crainte,

Bien avant que la cloche ne tinte

Je saurai effacer toute empreinte

QU'IL EN SOIT (à peu près) AINSI

Notre Père, quiète, Ô yeux !

Que votre « non « soit sang, t'y fier,

Que votre araignée rie,

Que votre vol honteux soit fête

Sur la terre, commotion,

Donnez-nous, aux joues, réduit

Notre pain quotidien

Part, donnez-nous, de nos œufs foncés

Comme nous, part, donnons

A ceux qui nous ont offensés

Laissez-nous succomber à la tentation

Et d'aile, ivrez nous du mal

Frédéric Dard