« Baiser », verbe ou substantif, mot le plus courant après « amour », auquel il est lié affectivement et physiquement.
Base de toute relation amoureuse : « baiser, baisoter, baisouiller une bouche » est une caresse que certains expriment poétiquement « Pâturage sur les lèvres », « Lèchement de flamme ».
Façon vieille comme le monde d’exprimer, voire de susciter l’affection et même l’amour.
Comme l’écrivait Pierre Louÿs (1870- 1925) : « L’amour humain ne se distingue du rut des animaux que par deux facteurs : la caresse et le baiser ».
Depuis l’Antiquité, le baiser est signe d’hommage, de fidélité, de reconnaissance.
On baisait les mains, le genou, le pied, la barbe, le vêtement. Il nous en est resté le baise-main un peu cérémonieux destiné aux dames et quelques expressions désuètes.
En fait, c’est le cinéma, avec ses gros plans et ses happy-ends, qui a exalté le baiser sur la bouche qui a évolué : de délicat, il est devenu passionné et, aujourd’hui, les amants du septième art se dévorent littéralement les muqueuses !.
Mais, à ses débuts cinématographiques, le baiser a choqué les âmes pudiques au point où, naguère, dans les cinémas de Turin, en Italie, circulaient des « patrouilles anti-baisers » !
Un journaliste, quelque peu « coincé », avait ainsi stigmatisé, en 1896,le premier baiser de l’histoire du cinéma : « Un acte agrandi à des dimensions gigantesques et, de plus, renouvelé trois fois de suite. Écœurant ! ».
Selon Edgar Morin : « Le baiser va de pair avec l’érotisme du visage, inconnu au stade archaïque et encore ignoré de certaines civilisations. Ce n’est pas seulement la découverte d’une nouvelle volupté tactile, mais une communion ou un symbolisme d’âme. Outre le piment qui assaisonne tout film occidental, le baiser représente l’expression profonde d’un amour qui érotise l’âme et mysticise le corps »
Mais la science, qui ignore les subtilités amoureuses, s’est emparée du baiser pour l’analyser, le disséquer et le réduire à une équation chimique !
Ainsi, le professeur Arthur Bryan, de l’Université de Baltimore, a « découvert » que, lors d’un baiser, les partenaires échangent 9 mg d’eau, 0,7 g d’albumine, 0,18 g de sécrétions glandulaires, 0,7 g de graisse, 0,45 g de sel, plus... 250 colonies de microbes !
Devant de telles « pertes » réciproques, pas étonnant qu’un autre groupe de médecins américains (du Western State Collège de Gunnison, au Colorado), étudiant l’influence de l’amour sur le métabolisme, ait constaté que chaque baiser diminuait l’existence de trois minutes ! Le danger n’est cependant pas imminent puisqu’une année de vie représente 172 800 baisers.
Déconseillé aux diabétiques, chez qui il pompe l’insuline, le baiser peut cependant être inoffensif si, avant et après, on procède à un lavage buccal antiseptique !
Fort heureusement, un autre médecin, le docteur Bridger, trouve que le baiser « à hautes doses » (sic) possède des bienfaits insurpassables. « Les microbes échangés dans la salive de deux amoureux, dit-il, facilitent la digestion. Le baiser augmente l’activité de la thyroïde et contribue à garder la ligne : il met en action 29 muscles, fait perdre 12 calories et passer de 75 à 150 par minute les pulsations du cœur. »
L’attrait du baiser ? Mais le sébum, voyons !
Comment expliquer l’attraction irrésistible du baiser ? C’est, disent les savants, que, parmi les éléments chimiques échangés, figure le sébum, sécrété surtout par les glandes sébacées des lèvres, du visage et du cou, où elles se trouvent en plus forte concentration.
Comme le sébum se dissout dans l’eau, l’humidité des baisers le transporte d’une personne à une autre, la chaleur de la passion accroissant cet échange.
Le sébum, ne l’oublions pas, est une phéromone (substance chimique qui attire les membres d’une même espèce). Est-il possible que l’interaction desdites phéromones joue un rôle dans les liens affectifs entre êtres humains ?
Devant cette chimie du baiser, l’humoriste Francis Blanche, rencontrant une fille à la sortie d’un laboratoire d’analyses pharmaceutiques, eut cette réaction : « Mademoiselle, j’ai de l’albumine, vous avez du diabète...Venez-donc à la maison, nous ferons des meringues ! »
Lorsque deux personnes s'embrassent sur la bouche ils forment un tuyau d'une trentaine de mètres de long d'un anus à l'autre.