Peu de mots dont on use quotidiennement ont moins de sens et de valeur.
« Merci » quand on vous rend la monnaie, « merci » du commerçant qui vous sert, « merci » de la dame qu'on laisse passer la première dans un ascenseur, « merci » pour un renseignement, « merci » pour quelque chose qu'on vous donne.
Aussi insipide que le « comment ça va ? » qui laisse tout le monde indifférent.
Pourtant, « merci » a commencé par dire « le couteau sur la gorge ».
Venu du latin « mercedem », récompense, salaire.
Il désigna celui qui fixait son prix pour votre libération, puis une grâce de la part de celui qui renonçait à enfoncer son poignard dans votre gorge... moyennant évidemment beaucoup de remerciements et certains avantages, vu que vous étiez « à sa merci » !
Il y eut ensuite « par la merci de Dieu », c'est-à-dire « par la grande miséricorde du Seigneur », qui, dès le 14e siècle, devint « grand merci ». (Notons au passage qu'à cette époque « grand » était à la fois masculin et féminin, ce qui nous a laissé « grand-mère », « grand-route », etc.).
Relevons aussi que « merci » signifie aussi bien « oui » que « non ». Un verre de vin ? « Merci !» (C’est non). À tel point que certains hôtes demandent : « Merci oui ou merci non ? »
Concluons par cette curieuse remarque entendue dans une soirée où l'on parlait de religion : « Quant à moi, je suis athée... Dieu merci ! »