Les « Carmina burana » sont une vaste collection de poèmes médiévaux en latin. Ils ont été découverts en 1803, lors de la sécularisation des couvents de Bavière par le commissaire royal, Christophe von Aretin qui les mit à jour à l’abbaye bénédictine de Benediktbeuern, Beuron en français, Buranus en latin.

Le recueil a été élaboré entre 1220 et 1250. On y trouve des poèmes métriques à l’imitation des anciens mais surtout des poèmes rythmiques avec parfois des passages en langue vulgaire romane ou germanique. On y trouve des poésies morales et satiriques, des chansons d’amour, des chansons à boire, des drames religieux.

S’agit-il d’un recueil destiné à des goliards, étudiants marginaux ou clercs non intégrés ? Mais la marginalité est le lot de tout poète (et il la revendique, même s’il est socialement bien intégré). Les « Carmina burana » contiennent des pièces que l’on a pu repérer ailleurs ce qui a permis l’attribution de quelques auteurs et de quelques mélodies. Les lecteurs en sont des lettrés, clercs ou princes].

Le chant 17, « O Fortuna », est célèbre car il sert d’introduction et de conclusion à la mise en musique (1937) des « Carmina burana » par Carl Orff : il s’agit d’un poème rythmique, basé sur la syllabe et la rime. C’est une poésie d’une forme proche de celle qui est pratiquée en français ou en italien. (Dante écrit la Divine comédie en vers de onze syllabes avec rimes au siècle suivant celui des Carmina Burana).

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O Fortuna,O Fortune
velut lunaComme la lune
statu variabilis,Attitude variable
semper crescisToujours tu croîs
aut descrescis;Ou tu décrois.
vita detestabilisLa vie détestable
nunc obduratTantôt néglige
et tunc curatEt tantôt ménage
ludo mentis aciem,Par jeu notre esprit
egestatem,La pauvreté
potestatemEt le pouvoir
dissolvit ut glaciem.Fondent comme la glace
Sors immanisSort monstrueux
et inanis,Et vide,
rota tu volubilis,Toi la roue tourbillonnante,
status malus,Attitude maléfique,
vana salusSalut vain,
semper dissolubilis,Toujours dissout,
obumbrataOmbrée
et velataEt voilée
michi quoque niteris,Tu m'éclaires aussi.
nunc per ludumMaintenant par jeu
dorsum nudumMon dos nu
fero tui sceleris.Je l'offre à tes intentions criminelles
Sors salutisLe salut
et virtutisEt le courage
michi nunc contraria,Me sont maintenant contraires
est affectusIls sont faits
et defectusEt défaits
semper in angaria;Toujours dans l'esclavage.
hac in horaA cette heure,
sine moraSans retard
corde pulsum tangite,Touchez les battements du coeur
quod per sortemPuisque le sort
stermit fortemAbat le fort
mecum omnes plangite !Avec moi, vous tous, pleurez !