La gastronomie a compté beaucoup d'excentriques, mais, parmi eux, l'écrivain et compositeur Raymond Roussel (1877-1933) est assez remarquable.

Appartenant à la grande bourgeoisie de la Belle Epoque, fils de parents pour !e moins bizarres, il était lui-même assez déséquilibré pour recevoir les soins d'un psychiatre.

Malgré la flatteuse opinion qu'avaient de lui des personnalités comme Jean Cocteau, André Gide, Paul Eluard ou Alain Robbe-Grillet, il ne connut aucun succès de son vivant et dut publier tous ses livres et faire jouer ses pièces à compte d'auteur.

Mais il nous intéresse en raison de sa gastronomie très... spéciale.

Fort riche, il vivait dans une vaste maison de Neuilly, servi par une vingtaine de domestiques et cinq cuisiniers, dont André Guillot, qui raconta comment mangeait son patron.

Il prenait ses quatre repas à la suite l'un de l'autre, sans interruption, il s'attablait de 12 h 30 à 17 h 30, toujours seul.

Commençant par le petit-déjeuner (thé ou chocolat, brioches, fromages, fruits).

Il enchainait, sans quitter la table par le repas de midi : pâté, coquillages, poisson, volailles, sorbet, etc.), suivi d'un plat en sauce (bœuf bourguignon, par exemple), d'un gigot, d'un gibier et d'une salade.

Venaient ensuite la collation (invariablement trois entremets)

Et enfin le souper : deux potages, entrée chaude, rognons, cervelle, foie gras, poisson, dessert.

Chaque repas comprenait de 16 à 22 services.

Sa propre flotte de Rolls-Royce constamment sur les routes lui apportait de la Côte d'Azur, primeurs, poissons et coquillages.

De temps à autre, Roussel observait (c'est compréhensible) deux ou trois jours de Jeûne.

Presque ruiné, il mourut à 56 ans dans une chambre d'hôtel de Palerme en Sicile, d'une forte dose de barbituriques.