L’expression s’applique aux amoureux qui partagent le stade fusionnel des commencements, où le désir de la présence de l’autre est si fort et apporte une telle plénitude qu’on n’a besoin de rien d’autre, pas même de se nourrir !

On la relève à partir du début du 19e siècle, d’abord sous la forme « vivre d’amour et d’eau claire », puis sous son aspect actuel dans la seconde moitié du 19e. à partir du 20e.

Delvau en 1867, cette locution se dit « ironiquement de l’amour pur, désintéressé, sincère, celui « Qu’on ne voit que dans les romans / Et dans les nids de tourterelles ».

Cette valeur caustique a prévalu, puisqu’on l’emploie aujourd’hui surtout à la forme négative : « on ne peut pas vivre d’amour et d’eau fraîche », pour stigmatiser la conduite irresponsable d’une personne qui se laisse emporter par ses sentiments en négligeant la question matérielle des moyens économiques.

Aussi évoque-t-elle, pour la forme comme pour le fond, une expression de La Fontaine (Contes, 1666), dont elle a peut-être pris la suite :

On ne vit ni d’air ni d’amour.

Les amants ont beau dire et faire,

Il en faut revenir toujours au nécessaire.

Pour exprimer la même idée, les Anglais ont évacué l’eau fraîche de l’expression : « live on love alone » (vivre seulement d’amour), quand les Allemands sont restés très fidèles à l’original de La Fontaine : « leben von Luft und Lieber » (vivre d’air et d’amour). Les Espagnols, quant à eux, ont carrément éliminé l’amour et l’eau pour garder des nourritures plus solides : « vivir de pan y cebolla » (vivre de pain et d’oignon) !