Josué qui assiégeait la ville de Jéricho fit sept fois le tour des remparts en jouant de la trompette, ce qui les fit s’écrouler.

Nous connaissons l'histoire des « trompettes » qui firent s'écrouler au septième jour les murailles de Jéricho, ouvrant la terre promise aux Juifs en exode. On sait moins quelle extraordinaire connaissance du souffle, de l'espace et du temps cette histoire suppose. Quel souffle a besoin d'être libéré au fond de nous ?

Au terme de quarante années d'exode, le peuple d'Israël guidé par Josué, aborde la Terre Promise et découvre la ville de Jéricho scellée dans ses murailles, sa méfiance et sa peur... Citadelle dressée, toutes portes fermées.

Derrière les murailles, parmi tous ceux qui n'en savent rien encore, une femme connaît le danger qui monte du désert : Six mille âmes priant d'une prière, patiemment aiguisée par ces milliers d’êtres tendus vers une promesse divine, plus forte que la mer, que les années, que les hommes….. Cette femme connaît la force de la prière car elle connaît la force du désir, et la faiblesse de son métier : Rahab est la prostituée de Jéricho.

Six jours durant, chaque bouche absolument close, ils feront le tour de la cité dans un silence terrible, déchiré seulement une fois par jour par le cri des trompes rituelles : Le Shoffar.

Le septième jour, ils en feront sept fois le tour, sept fois sonneront les cornes de bélier : alors, toutes les voix jailliront en un seul cri, et les murailles s'effondreront.

L'histoire de Jéricho fait certainement partie des passages bibliques les plus connus, et les moins bien compris. D'une part parce qu'il s'agit d'une histoire cruelle : la ville sera détruite et tous ses habitants, sauf Rahab, périront par l'épée.

Ainsi Jéricho, la citadelle anéantie par un cri, a-t-elle une place particulière dans notre lointaine mémoire de la Bible,

En effet, au-delà de la simple et discutable dimension historique, nous pourrions tenter d'écouter la légende dans sa dimension symbolique. Pour cela, la tradition talmudique nous permet d'ouvrir le sens du texte en accordant une attention spécifique aux noms propres, foyers de significations particulièrement sensibles dans la texture du récit : trois noms constitueront les trois clés de l'énigme : Josué, Jéricho et Rahab,

Josué qui a la responsabilité de conduire le peuple hébreu sur la terre promise, s'appelle « Dieu sauve ». Pour saisir avec précision l'importance de ce nom, il faut savoir que les deux premières lettres de son nom « Yéhoshuah » yod et hé, que l'on traduit par Dieu, constituent les trésors symboliques de la tradition juive, ces deux lettres s'unissent pour composer le mot « être », et forment le premier son prononcé par Dieu dans cet impératif célèbre de la Genèse : « Soit la lumière ! » C'est donc à la fois l'affirmation la plus radicale de l'Etre et l'invocation du Son Primordial que Josué porte en son nom.

Le nom de Jéricho va nous permettre de situer de façon plus précise encore les implications de ce qui précède. En effet, la racine étymologique de Jéricho est « Rouah » (Souffle ) et, par extension, l'Esprit . Donc la clôture de la ville prend alors la signification d'un souffle enfermé, scellé dans la méfiance et la peur.

Cette présence du Souffle est redoublée dans le nom de Rahab, la prostituée qui, de l'intérieur de la ville, aidera le peuple hébreu. Ce nom signifie en effet « espace large, en expansion », et sa racine est encore Rouah.

Nous voilà donc en présence d'un souffle enfermé, dont la potentialité d'élargissement est à la fois empêchée et prostituée, et d'un souffle sonore, porteur de l'énergie primordiale, qui vient la délivrer de son étouffante clôture. Ainsi, la dimension spirituelle de la légende se profile clairement, et l'on devine déjà, sous les images, la mise en jeu des forces secrètes qui sous-tendent chaque instant du déploiement de la vie. Les sons du shoffar (par cornes du bélier) ont une fonction symbolique précise. Ils représentent l’expansion du souffle divin sonore dans l’espace. Ainsi, souffler dans la corne du bélier, comme la communauté juive le fait au début de chaque année nouvelle, c’est symboliquement se situer à la source du monde, d’où jaillit l’énergie du son créateur.