Avec discernement, à raison
Le sens de cette expression est clair : lorsque l'on agit ou que l'on parle « à bon escient », c'est que l'on se conduit avec discernement, que l'on intervient à raison. Il n'en reste pas moins que le mot « escient » est mystérieux. Et pour cause : il ne s'emploie plus que dans cette expression.
Pour le comprendre, il faut remonter le temps jusqu'aux limbes séparant le latin médiéval de l'ancien français. Les latinistes reconnaîtront dans « escient » le verbe « scire » (savoir), à l'origine du mot science. En latin classique, « me sciente » peut se traduire par « en pleine connaissance de ce qu'on fait ».
Montaigne affirme ainsi dans ses Essais : « J'en sais qui à leur escient ont tiré profit et avancement du cocuage ».
Pécher, mentir « à son escient », c'était le faire tout en sachant qu'on agissait mal. L'adverbe sciemment, formé de la même façon, conserve ce sens.
« Escient » s'est employé librement jusqu'au 17e siècle au sens de « discernement, sagesse ». Il entrait dans plusieurs expressions dont cet « à bon escient » apparu vers 1150, la seule à nous être parvenue.