Du titre de transport au champion qui défend son titre en passant par le titre d'un film, on s'y perd.
De quel titre s'agit-il dans cet « à juste titre », qui signifie « avec raison, à bon escient » ?
Le mot « titre » provient du latin « titulus » qui avait le double sens d'« inscription » et de « distinction (par le rang, le statut) ».
Il désignait à l'origine une affiche ou un écriteau porté au bout d'un bâton dans les triomphes militaires et sur lequel étaient inscrits en gros caractères le nombre de prisonniers et les noms des villes prises.
Si le mot « titre » a conservé en français les valeurs d'inscription et de désignation honorifique, il a pris de nombreux autres sens.
Dès le 13e siècle, « titre » désigne en effet ce qui établit un droit, et particulièrement un écrit conférant le droit à une possession, une dignité ou une fonction. Furetière nous rappelle que le « titre de noblesse » est l'acte authentique par lequel on prouve son droit, sa noblesse. Et nous parlons toujours de « titres de propriété ou de titres de séjour ».
Ce sens a donné naissance aux expressions « à bon titre, a juste titre » (à bon droit, légitimement), étant entendu que la personne qui agit « à juste titre » est reconnue comme étant fondée à agir de la sorte. De même, l'interrogation « à quel titre ? » revient à demander de quel droit on a agi.
Et c'est à juste titre qu'on peut s'interroger sur le sens précis des mots qu'on emploie spontanément, dans des expressions qui auraient bien besoin de sous-titres. Alain Rey