Jadis, les plus grands peintres préparaient eux-mêmes leurs couleurs, jaloux de leur procédé de fabrication. Souvent, ils broyaient telle ou telle matière pour en faire une poudre et l'intégrer à leur palette.

En ce sens, « broyer du noir » se comprend comme une manière, pour le peintre, de préparer cette teinte indispensable afin de terminer un tableau.

Dans un autre registre, celui de la digestion alimentaire, le 18e siècle pensait que l'estomac broyait les aliments comme une meule et que la digestion en était le résultat.

L'expression est ainsi connue en 1771. La bile noire était, quant à elle, la sécrétion qui provoquait pensait-on, des accès de mélancolie. « Se faire de la bile » vient d'ailleurs de là.

Mais le cerveau, à son tour, ne pouvait-il broyer de noires idées ? C'est ainsi que naquit l'expression « broyer du noir », avec le sens actuel de se laisser aller à des pensées tristes et sombres, ce qui, le plus souvent, ne fait pas voir la vie en rose.