L‘humour a des degrés. Le second, pas facile à atteindre pour tout le monde, et le premier où « zéro + zéro = la tête à Toto ».
La « plaisanterie de garçon de bains » est à l’esprit léger ce que les gaz du pétomane sont à la parfumerie. Un truc qui peut faire rire un instant et qu’on tentera d’oublier honteusement dans la seconde qui suit.
Petite main du mouvement hygiéniste qui crée au 19e les bains publics (à une époque où il n’est pas convenu de se doucher chaque jour), le « garçon de bains » va entrer dans l’histoire de la langue grâce à ses calembours ras des pâquerettes.
Voyant passer un camion de pompiers défraîchit devant l’établissement où il officie, le garçon de bains s’écriera par exemple « on n’a jamais vu de camion si terne ».
Des plaisanteries que le « garçon de bains » tire probablement de l’Almanach Vermot, ouvrage de référence en matière de calendrier lunaire, horoscope, ornithologie, agriculture et jeux de mots faciles.
Ce sont ces derniers qui d’ailleurs inspireront la fameuse plaisanterie de garçons de bains « on ne peut pas dire que ce roman de Tolstoï ne soit guère épais », généralement reprise en fin de repas dominical quand les convives grisés se sentent l’âme d’un critique littéraire en verve étalant sa culture.
Dans un siècle moderne qui honnit les mots d’esprit jugés laids et jouit de douches dans chaque logis, le « garçon de bains » n’avait plus rien à faire.
Il disparaît et ses plaisanteries avec lui lorsque le 21 décembre 1978 les Bains Guerbois (7 rue du Bourg-L’Abbé, Paris 3ᵉ arrdt.) deviennent Les Bains Douches, haut lieu de la nuit parisienne où l’on transpire autant que dans les fumigations, et où l’on n’est parfois guère plus vêtu que dans un bain alcalin…