« Son regard du retour éternel des barreaux s’est tellement lassé qu’il ne saisit plus rien.» (Rainer Maria Rilke)
En matière de séduction, elle éclipse toute la ménagerie par des atouts incomparables. Elle exhale naturellement un parfum suave qui attire irrésistiblement les proies tandis que, bien tapie dans les fourrés, elle sommeille.
Elle exerce donc une chasse passive, griffes rétractées. Les zoologistes la définissent comme solitaire et opportuniste.
Dans la nature, elle règne sans partage ni compagnie sur un territoire de 16 à 38 km2, ce qui n’est pas rien. Paris, avec ses 105 km2, ferait un royaume pour quatre panthères. Elle a la faveur de l’illustre Dante, qui en a fait la métaphore d’une langue et d’un amour parfaits : « odorant en tous lieux, en nul n’apparaissant ».
Certains signalent cependant que, pour l’attraper, Il suffit de verser de l’alcool aux sources où elle se désaltère. Ralentie par l’ivresse, elle se laisse piéger et on peut alors tenter son dressage.
Depuis la Grèce où la panthère est une courtisane très respectée, la métaphore traverse 2400 ans et renaît en France au 19e siècle pour désigner « les beautés à la mode ».
Ce sont des prostituées frayant dans la haute société, bien logées dans des hôtels particuliers. Leur entretien, extrêmement coûteux, implique souvent plusieurs mécènes rivalisant de prodigalités pour se ruiner.
Encore un petit saut dans le temps et elles investissent les séries noires. Leur magnétisme érotique y fait des ravages.
La panthère entretient avec l’argent une relation exubérante et passionnelle qui se joue souvent au détriment d’un partenaire masculin. Le Graal de la féline est une montagne de billets de banque où se couler nue pour ressentir le bruissement magique et voluptueux du papier froissé. C’est exactement ce que font certaines, avant de dilapider la fortune du gibier en futilités onéreuses, souvent brillantes.
Emportée par la jalousie, une femme ordinaire peut plus ou moins durablement se transformer en panthère.