On a longtemps cru que les Romains de l'Antiquité avaient inventé le baiser sur la bouche plusieurs centaines d'années avant notre ère. En fait, ils se sont contentés d'observer les insectes.
Ils ont compris que lorsqu'elles se touchaient les labiales, les fourmis produisaient un acte généreux qui consolidait leur société.
Ils n'en ont jamais saisi la signification complète mais ils se sont dit qu'il fallait reproduire cet attouchement pour retrouver la cohésion des fourmilières.
S'embrasser sur la bouche, c'est mimer une trophallaxie (mode de partage de nourriture adopté par les insectes qui vivent en colonies, comme les abeilles, les fourmis et les guêpes). Mais dans la vraie trophallaxie, il y a régurgitation du jabot social et don de nourriture, alors que dans le baiser humain il n'y a qu'un vague échange de salive.
Combien de bises faites-vous ?
Deux, trois ou quatre ?
Même si l'on s’embrasse différemment selon les régions de France, le bisou est une institution dans l’Hexagone, au même titre que la baguette ou le plateau de fromages. Les Français sont même le peuple qui s’embrasse le plus ! Même si la crise du coronavirus est passée par là et a, momentanément, calmé nos ardeurs
Loin d’être inné, le baiser est un geste éminemment culturel, et tout le monde ne le pratique pas.
Pour des personnes issues d'une autre culture, cette façon de s'embrasser joue contre joue peut même provoquer une certaine gêne, alors qu'elle nous paraît si naturelle.
Nos voisins allemands ou anglais, par exemple, sont très réfractaires à ces contacts corporels.
Nous autres Latins avons hérité cette pratique du baiser de nos ancêtres romains. C’est en effet dans la Rome antique que le baiser serait né en tant que pratique culturelle. Une pratique codifiée, car il existe chez les Romains plusieurs types de baisers en fonction des circonstances.
En famille, on échange le « basium », autrement dit un petit baiser sur les lèvres, un geste de tendresse entre proches.
Un baiser que pratiquent aussi les premiers chrétiens entre eux, puisqu'ils se considèrent comme frères et sœurs.
Bien différent est l’ « osculum » que s'échangent les sénateurs. Bien qu’il s'agisse encore d'un contact labial, il n'est pas question ici de tendresse, mais seulement de matérialiser l'égalité des relations entre les membres du sénat.
C'est l'ancêtre du baiser de paix qu’on échangera durant tout le Moyen Âge et au-delà entre personnalités de haut rang, et qui se pratiquera encore dans le monde orthodoxe jusqu’au 20e siècle.
On se souvient notamment de ce baiser échangé entre Erich Honecker et Mikhaïl Gorbatchev en 1989.
Le « baiser de la mort » de la mafia italienne, bien connu depuis les films Cosa Nostra et Le Parrain, a encore une autre signification : la condamnation à mort d'un traître.
Mais revenons à la tendresse et à la passion avec le plus intéressant de tous, le « suavium », le baiser langoureux que l'on réserve à l’être aimé.
Le « French kiss » de cinéma est-il devenu universel ? Pas tout à fait...
Au Japon, les lèvres d'un couple ne s'épousent en moyenne qu'une fois tous les deux jours.
En Inde, même si aucune loi ne l’interdit, on ne s'embrasse pas en public.
Enfin, certains peuples inventent d’autres formes de baiser, comme es Inuits qui collent leur nez à la joue de l’autre pour respirer son odeur. D'où le petit nom que nous donnons à cette caresse nez contre nez échangée avec nos enfants. « Papa, tu me fais un bisou d'Esquimau ? ».