Joseph, Ignace Guillotin (1738-1814), député du tiers état, secrétaire de l’Assemblée nationale constituante et médecin, propose en octobre 1789 cette curieuse formule :

« Les délits de même genre seront punis par les mêmes genres de peines, quels que soient le rang et l’état du coupable. »

Mirabeau soutient avec force et vigueur son projet qui vise à abolir l’inégalité entre les citoyens jusque devant la mort.

C'est le docteur Louis qui reçut du gouvernement la mission de mettre au point une machine à décollation - que le peuple baptisa aussitôt « la Louison » ou « la Louisette ».

Cette « machine à décollation », était surnommée « L’abbaye de monte-à-regret », Car il est évident que le plus odieux des assassins ne s’y précipitait jamais dans la joie et la bonne humeur. Tous montaient « à regret » les marches qui conduisaient à l’échafaud, la plateforme qui accueillait la guillotine.

Car n’oublions pas que l’Ancien Régime appliquait la peine capitale sous diverses formes, en fonction du type de délits commis. Mais aussi au regard de la condition sociale du condamné : potence (pour les voleurs), ébouillantage par l’huile (pour les faux-monnayeurs), bûcher ou noyade (pour les hérétiques), roue (pour les bandits de grands chemins), écartèlement (pour les régicides), etc.

Seuls les aristocrates bénéficient alors d’une indulgence notoire, avoir la tête tranchée (à la hache ou à l’épée). Ce qui ne se traduisait pas forcément par une fin plus douce, dans la mesure où nombre de bourreaux s’acharnaient sur leur victime, faute de compétence ou faute d’avoir utilisé une lame convenablement aiguisée.

Bref, Guillotin voulait que « la décapitation fût le seul supplice adopté et qu’on cherchât une machine qui pût être substituée à la main du bourreau ».

Et, en juin 1791, le code pénal décide que « tout condamné à mort aura la tête tranchée ».

Dans la réalité, Joseph Guillotin ne sera pas le véritable inventeur de la machine à décapiter. L’engin sera conçu par Antoine Louis, alors secrétaire perpétuel de l’Académie de chirurgie. Les premières expérimentations se déroulent sur des moutons et des cadavres à l’hôpital de Bicêtre (avril 1792).

Un voleur de grand chemin, Nicolas-Jacques Pelletier, sera la première victime de la guillotine (25 avril 1792). Elle fonctionnera pour la dernière fois le 10 septembre 1977, à Marseille (exécution de Hamida Djandoubi).

Quatre mois après l’arrivée de François Mitterrand à la présidence de la République, l’Assemblée nationale vote l’abolition de la peine de mort (18 septembre 1981). Loi promulguée dès le 9 octobre 1981.

Ce terrible engin sera paré de moult surnoms : « rasoir national », « Louison ou Louisette » (en référence à Antoine Louis), « mirabelle » (allusion à Mirabeau), « cravate » à Capet (après l’exécution du roi capétien Louis 16). La tournure « abbaye de monte-à-regret » sera très célèbre au 19e siècle. Certains parlaient aussi de l’ « abbaye de monte-à-rebours ».

Daniel Lacotte