Dernière limite

Il est dit que c’est le dernier carat parlé qu’aura raison.

Mais soyons sérieux !

Pour obtenir quelque chose à une date précise, on n'hésite pas à réclamer pour cette échéance le « dernier carat », c'est-à-dire la dernière limite.

L'expression a de quoi surprendre : « carat » évoque l'univers de l'orfèvrerie et de la joaillerie. Qui n'a pas entendu parler d'or à dix-huit carats ou d'un diamant de dix carats ?

C'est par l'intermédiaire de l'italien « carato » que le mot nous est parvenu de l'arabe, où « qîrât », lui-même emprunté au grec « keration » - grande valse des langues, autour de la Méditerranée - désignait la graine de caroubier.

Les graines de cet arbre, de forme et de poids étonnamment réguliers, servaient en effet pour peser l'or et les pierres précieuses. Cette pratique consistant à se servir de graines végétales comme poids remonte à la plus haute Antiquité et serait contemporaine de l'invention de la balance.

Le français a maintenu pour le mot « carat » cette valeur d'étalon, puisqu'il dénomme la partie d'or pur égale à un vingt-quatrième du poids total de l'alliage. Un or à vingt-quatre carats serait parfaitement pur mais, trop mou pour être travaillé, il doit être allié à d'autres métaux. Ce n'est qu'ensuite que ce carat devint une unité de masse en joaillerie.

Le terme a donné lieu à des expressions familières aujourd'hui disparues comme « à vingt-quatre carats » (parfait, absolu, au plus haut degré), « un sot à vingt-quatre carats est un parfait idiot. Par exagération, « à trente-six carats » signifiait au-delà du possible.

Le dernier carat, le vingt- quatrième, est ainsi la limite maximale que l'on puisse atteindre dans le temps comme dans l'alliage précieux, et l'on sait bien que « le temps, c'est de l'argent ».

En argot, carat est d'ailleurs l'unité de mesure du temps, il est alors un synonyme d'année. « Prendre du carat » c'est avancer en âge.

« Dix heures dernier carat », c'est : pas une seconde de plus. Une limite à l'extrémité du délai accordé.