Être nerveux, excité
Les laboratoires sont des lieux où voisinent en bonne intelligence les bocaux et ces petites baguettes de verre qu'on appelle des « agitateurs ».
L'expression « être agité du bocal » n'a pourtant rien à voir avec les expériences scientifiques.
« Agiter », par son origine latine, c'est agir avec excès, et l'agitation est une somme de mouvements irréguliers. Quant au bocal, récipient dont le contenu est tranquille, on ne voit pas en lui un lieu agité, même avec des poissons rouges à l'intérieur. Mais comme tout récipient, la carafe, la cafetière, le pot, qui se disait en latin « testa », le bocal était guetté par la métaphore de la tête.
Déjà, pendant la guerre de 1914-1918, les poilus avaient appelé « bocal » un casque de fantassin. Du casque au crâne, il n'y avait qu'un pas.
Or, depuis Les Misérables de Victor Hugo, on savait qu'il pouvait y avoir « une tempête sous un crâne ». L'agitation des pensées, l'excitation, sont propres aux manieurs d'idées. Et dire d'une personne imprévisible, changeante dans ses idées, en un mot un peu folle, ou simplement nerveuse, qu'elle était agitée, non seulement du corps, mais de la tête, du bocal, fut une plaisanterie sans méchanceté.
Dans la lutte des idées, quand deux bocaux de cette espèce se rencontrent, ça peut cogner. Ce fut le cas lorsque Céline, génial écrivain aux idées dangereuses, parfois détestables, s'en prit à un grand penseur qui l'insupportait, Jean-Paul Sartre. Il intitula un pamphlet dirigé contre lui « À l'agité du bocal », mais on peut penser que l'agitation de son esprit était plus grande encore. Comme disent les enfants : « c'est celui qui dit qui l'est ».