Manifester publiquement et bruyamment son allégresse
Quel dommage !
Pourquoi avoir laissé se perdre un mot aussi plaisant ?
La triste histoire du mot liesse dénonce l'insensibilité et l'indifférence de nous, tous, qui parlons sans trop réfléchir, à nos richesses de langage. Il n'y aura jamais assez de mots pour exprimer la joie débordante, le plaisir, l'allégresse, l'exultation qui plus est partagée.
C'est d'ailleurs à propos de la joie publique manifestée collectivement qu'on emploie encore l'expression « une foule, un peuple en liesse », souvent dans le langue littéraire, comme André Gide lorsqu'il écrit dans « si le grain ne meurt » : « une étrange liesse emplissait la ville- »
Pourtant le mot latin d'où vient au Moyen Âge le français « lëece, lïesce », on l'a conservé comme superbe prénom féminin « Lætitia ». Autre femme, mais dans le culte religieux de Marie, cette « Notre-Dame de Liesse ». Ce fut un mot d'amour et Charles d'Orléans, dont la renommée de poète a dépassé sa notoriété de prince, se désolait, disant « Adieu ma Dame, ma liesse ! » En ancien français il s'appuyait sur un adjectif, complètement oublié aujourd’hui, « lié ».
Encore employée, l'expression « en liesse » n'évoque plus tant un bonheur qui peut être intense, mais aussi intime, que des manifestations débridées, la grosse joie. Les foules en liesse ont tendance à brailler et à boire, alors qu'elles devraient, si l'on avait respecté le mot, ressembler aux foules sentimentales d'une belle chanson.