Faire la fête.

La Grande Guerre a été une grande pourvoyeuse d'expressions et de mots nouveaux. Beaucoup ont été diffusés par l'argot militaire, comme cette « nouba », qui signifie aujourd'hui la fête, la noce, des réjouissances débridées, sans qu'on ait conscience de son origine et de sa valeur initiale.

Le mot a été importé à la fin du 19e siècle par les tirailleurs algériens de l'armée coloniale. C'est un mot arabe qui, à l'origine, désignait une chose assez abstraite. « nawba, nuba », en arabe signifie « tour », avec l'idée de « à tour de rôle », ce qui, à première vue, n'a rien à voir avec les plaisirs.

Au-delà de la Méditerranée, les militaires utilisaient le mot pour désigner un service de garde, un corps de troupe faisant son service à tour de rôle. Or, il était d'usage de jouer périodiquement de la musique devant la maison d'un officier ou d'un dignitaire. Les musiciens prenaient cette fonction, se succédant, chacun à son tour. C'est ainsi que la « nouba » devint le concert lui-même, puis le type de musique qui y était joué, essentiellement composé d’airs populaires d'Afrique du Nord, orchestré avec les instruments d'usage dans l'armée, notamment fifres et tambourins.

La musique, comme chacun sait, est indissociable des moments festifs, et la langue est friande de mots expressifs pour les désigner. Pas étonnant que les poilus aient pris goût à cette nouba siégeant - bien avant la teuf, verlan de fête - aux côtés de bamboula, bombe, bringue, fiesta, java et noce dans la longue liste des réjouissances collectives.