Obtenir un franc succès.
L'histoire du tabac et de son nom, c'est un peu la descente aux enfers.
Au 17e siècle, Molière attaque sa pièce superbe, « Dom Juan », par un éloge comique du tabac, alors considéré comme le remède miracle. Trois siècles et demi plus tard, on sait que « fumer tue ».
Entre temps, on en a fumé du tabac, mais aussi on en a mâché, on en a prisé, en se bourrant le nez de poudre de tabac.
Le nom de cette herbe dont on se « bourrait le pif » a pu motiver un autre tabac, synonyme de « bourre-pif » (coup de poing dans la figure), mais celui-ci viendrait de « tabasser », issu de l'onomatopée « tab » exprimant l'idée de coup, qu'on retrouve dans le moyen français « tabuster », (frapper), qui a donné « tarabuster ».
C'est ainsi que « passer à tabac » signifie « assommer, bourrer de coups » et que le « coup de tabac » devint un violent coup de vent et de grosse mer. Plus rien à voir avec la nicotine qui se cache dans cette herbe qu'a fait connaître en France Jean Nicot, ambassadeur.
On disait d'une pièce à succès et des comédiens qui l'interprètent qu'ils avaient « le gros tabac » quand les spectateurs tapaient avec ardeur dans leurs mains pour applaudir. Et on peut se souvenir de ceci : les applaudissements programmés -comme aujourd'hui dans certains spectacles à la télévision- s'appelaient la « claque », qui fait penser à la gifle.
De là l'expression plus récente « faire un tabac » pour « obtenir un gros succès », formule où ni le tabac ni la nicotine ne sont en cause, et où l'on n'entend même plus les coups bruyants que sont les applaudissements. Et c'est ainsi que le mot « tabac » a voulu dire « succès », grâce à ce verbe « tabasser » qui n'a aucun rapport avec une fumée nocive, ni même avec le vapotage.