Avant un long trajet, un départ en vacances, certains ont coutume de porter leur voiture chez le garagiste pour un contrôle. C'est qu'ils ne voudraient pas tomber en panne et laisser leur véhicule en rade sur le bord de la route.
Associé à l'idée de déroute, ce « rade » a-t-il à voir avec le « rade » où échoue le buveur désœuvré, ou encore avec le « radeau » à bord duquel le naufragé dérive ?
Mais non ! « En rade » est sans rapport avec le comptoir du bistrot, ni avec l'embarcation. Le mot vient du vieil anglais « rad » (voyage, passage), à l'origine des modernes « road » (route) et « raid », ce dernier adopté en français.
Le « rade » qu'on lit au 15e siècle dans une ordonnance de Louis 11, désignait un mouillage dans lequel les bateaux pouvaient s'abriter.
La rade est pour le Dictionnaire de l'Académie « une étendue de mer proche des côtes, qui n'est point enfermée, mais qui est à l'abri de certains vents, et où les vaisseaux peuvent tenir à l'ancre ». Elle est à distinguer du port, ainsi que le rappelle Antoine Furetière, dans son Dictionnaire universel : « Les grands vaisseaux se mettent à la rade, quand ils ne trouvent pas de ports qui aient assez de fond, ou quand ils en sont trop éloignés. »
Par l'intermédiaire du vocabulaire de la marine où « être en rade » équivaut à être immobilisé, à l'arrêt, l'expression familière s'est répandue au début du 20e siècle.
On parle ainsi par exemple d'un projet qui « reste ou qui tombe en rade ». Ce qui n'est pas une raison pour se croire à l'abri lorsqu'on est « en rade », de même qu'« en panne », autre métaphore maritime, ne dénonce plus le calme plat, mais l'échec.