C’EST DU PIPEAU !
Ce n’est pas sérieux.
Quand un fanfaron raconte à ses amis comment il a accompli une foule d'exploits, l'un d'entre eux fait parfois, pour se moquer de lui, un geste plaisant : pour montrer qu'il ne croit pas un mot aux histoires du vantard, il mime, les mains devant la bouche, les mouvements du joueur de flûte, comme s'il en jouait.
Ce geste ironique est une manière imagée d'évoquer l'expression c'est du pipeau.
Mais pour quelle raison cet instrument, plutôt qu'un autre, sert-il à traduire un sentiment d'incrédulité ?
On pourrait penser que l'explication réside dans les propriétés envoûtantes des instruments à vent. C'est de la flûte qu'on joue pour charmer les serpents.Si le pipeau est une petite flûte champêtre, c'est aussi un appeau pour attirer les oiseaux à la chasse.
« Pipeau vient du verbe « piper », qui signifiait « pousser un petit cri », notamment en imitant le cri spécifique d'un oiseau afin de leurrer l'animal et de l'attirer. Quand on ne « pipe mot », on se tait. Quand on « pipe », on trompe.
Dans son dictionnaire, Furetière précise que « Le laurier ajusté dans un pipeau contrefait le cri des vanneaux. Avec des « pipeaux » convenables on prend toutes sortes d'oiseaux.
Par analogie de fonction, le mot « pipeau » a aussi désigné un piège à petits oiseaux, fait de menus branchages enduits de glu. Cet artifice avait donné lieu à des expressions figurées comme « éviter les pipeaux de quelqu'un » ou se « laisser prendre à ses pipeaux ». Dès lors, « pipeau » est associé à la tromperie et raconter des mensonges peut se dire « pipeauter ». Au jeu de dés, le tricheur emploie des dés « pipés ».
Quand un bonimenteur « jouera du pipeau » pour vanter ses remèdes miracles, ceux qui se seront fait plumer pourront s'écrier, une fois détrompés, « Nom d'une pipe, il nous a pipeautés ! »