Le Coca est plus dangereux par le sucre que par les extraits de coca qu'il contient.
Une rumeur récurrente voudrait que, si le Coca-Cola mérite son nom, c'est que cette boisson est confectionnée avec de l'extrait de feuilles de coca et contiendrait donc des traces de cocaïne.
Mais la rumeur elle-même contient-elle une trace de vérité ?
Pour cela, il faut évoquer l'histoire de la firme.
À l'origine, en 1889, le Coca-Cola n'était que la copie plus ou moins licite d'une boisson alors très populaire, le vin Mariani, dont le tsar Alexandre III, Jules Verne et le pape Léon 13 étaient au nombre des adeptes les plus célèbres. Ils en buvaient régulièrement et s'en portaient apparemment très bien.
C'était une décoction de feuilles de coca mélangée à du vin. (Pour mémoire, ces feuilles sont consommées couramment par les paysans des Andes : le suc qu'on en extrait en les mâchant est un tonique qui permet de résister à la fatigue, à la faim et à la soif).
Les premiers essais de ce qui ne s'appelait alors que French Wine of Coca furent décevants, les ligues de tempérance américaines fustigeant les boissons alcoolisées. Le producteur, John Styth Pemberton, d'Atlanta, élimina le vin et, pour masquer le goût amer, mais caractéristique, de l'extrait de coca, recourut au sucre. Il ajouta également du kola, une noix des tropiques américaines, riche en caféine. Le sirop tonique ainsi obtenu s'appela Coca-Cola et se vendait en pharmacie.
En 1888, Pemberton mourut et ses héritiers commercialisèrent une nouvelle version du breuvage, en y ajoutant de l'eau gazeuse.
Nul, sauf les détenteurs de la formule, ne peut révéler les changements qu'elle a subis, car il y en a eu plusieurs depuis l'interdiction de la cocaïne par l'administration fédérale américaine.
En 1909 par exemple, lors d'un procès de cette administration contre Coca-Cola, où des bonbonnes du sirop de base avaient été saisies, le président de la firme déclara qu'il se servait d'extrait de feuilles de coca « décocaïnisées » à l'alcool. Or, en l'état de la chimie à l'époque, le président ne pouvait savoir qu'il est impossible de « décocaïniser » entièrement une feuille de coca : il subsiste toujours quelques molécules.
On le crut sur parole.
Mais l'on ignore à quel moment les feuilles de coca disparurent de la recette, ni même si elles en ont disparu. Tout ce qu'on sait aujourd'hui est ce qu'annonce l'étiquette des bouteilles :
« Eau gazéifiée, colorant : caramel (E 150 d), acidifiants E 334, E 338, E 331, E 330, édulcorants, E 950, E 951, extraits végétaux, caféine, conservateur : E 211 »
L'acidifiant est probablement l'acide phosphorique.
Que sont les extraits végétaux ?
Le secret en est évidemment bien gardé.
La présence de l'extrait de noix de kola était justifiée par sa teneur en caféine, et sa saveur peut être remplacée par celles des huiles de muscade et de cassia combinées.
L'extrait de feuilles de coca a-t-il été remplacé ?
Et, dans l'affirmative, par quoi ?
On l'ignore. Mais une analyse chromatographique a en tout cas démontré en 1972 qu'il n'y a pas trace de cocaïne dans le Coca-Cola.