Grande spécialité de la gastronomie japonaise, le sashimi, poisson cru, est encore souvent boudé par les Occidentaux,
Ce qui choque les Nippons, d'autant plus, disent-ils, que les Hollandais se régalent de harengs crus, que les Espagnols apprécient les languettes de pieuvre crue et que nombre d'Européens et d'Américains avalent huîtres el moules, non seulement crues, mais vivantes !
Le sashimi utilise toutes sortes de poissons (brème, thon, saumon, maquereau, etc. ) et de crustacés ( homards, écrevisses. crevettes), découpés cru et servis accompagnés de wasabi ( genre de moutarde à base de raifort ) et de sauce soja.
Mais le nec plus ultra -malgré les risques -demeure le fugu (poisson-globe), dont la chair crue est d'une délicatesse extrême. Seul inconvénient, le fugu est sans doute le plus toxique des lunes de la mer. Il contient un poison 275 fois plus puissant que le cyanure !
Malgré tout, les gourmets japonais en sont fous, dépensant (à raison de quelque 250 $ le plat !) plus de 80 millions $ par an pour la saveur inégalée du foie... où se trouve la plus grande concentration de poison.
Certains cuisiniers sont aussi réputés pour leur fugu que les chefs français pour quelques grandes spécialités, mais ils doivent détenir une licence spéciale assurant leur compétence (et prudence !) en la matière.
La chair est servie avec une sauce à base de soja de poireau cru haché et de jus de citron. Bien préparée, elle est sans danger.
Pourtant, malgré toutes les précautions, les accidents sont assez nombreux : près de 250 personnes sont mortes ces dernières années en pratiquant celte véritable « roulette russe gastronomique ».
Et quelle mort atroce ! Les symptômes commencent par un picotement dans les lèvres et la bouche. Les toxines attaquant le système nerveux, une paralysie partant des doigts gagne les membres et envahit tout le corps. Un restaurateur japonais explique : L'individu ne peut ni bouger ni parler et bientôt, il ne peut plus respirer. La mort peut survenir en quelques minutes ou... en six heures !»
Mais rien n'arrête les kamikases de la gourmandise, qui vouent à ce poisson un vrai culte, avec prières et statues. Ils l'appellent d'ailleurs « fugukun » (cher petit fugu) !