Il est des êtres d'une beauté si exquise qu'on est pris d'une irrépressible envie de s'en saisir sur-le-champ. Après l'avoir « dévorée » des yeux, avoir « bu » ses paroles, l'amoureux, pris d'un désir insatiable, tentera de « croquer la belle à pleines dents ». L'amour est dévorateur.
Ce sens cannibale de « croquer » est peut-être à l'origine de l'expression, et c'est souvent ainsi qu'on la comprend.
Balzac évoquait cependant une hypothèse plus artistique : On appelle, en termes d'atelier, « croquer une tête », en prendre une esquisse, et nous ne demandons à croquer que les belles têtes. De là : « Elle est jolie à croquer. »
Par l'intermédiaire du sens de « connaître superficiellement », aujourd'hui disparu, « croquer » a en effet reçu le sens de « dessiner sur le vif ». D'où le mot « croquis » pour désigner une esquisse rapide.
Dire d'un enfant qu'il est mignon à croquer signifierait qu'il faut se hâter d'en dessiner les traits en quelques coups de crayon ou de pinceau pour en conserver le charme fugace.
Car s'il faut faire vite, c'est que la beauté est éphémère et qu'elle peut s’évanouir quand ceux qu'elle fait craquer, ne la « croquent » pas à temps.
Les verbes « craquer et croquer » sont tous deux nés d'une onomatopée qui évoque un bruit sec. Une femme (craquante, un beau gosse craquant –puisqu’existent les croque-monsieur) sont à « croquer » au plus vite. Mais gare aux « croqueuses » de diamants, prêtes à dévorer votre fortune !