Avoir une attitude originale
Quiconque s'est adonné au plaisir de la randonnée connaît l'importance de suivre le tracé du sentier sur lequel on s'est engagé. Si on le perd, ou pire, si le sentier disparaît sous les herbes et les arbustes, il n'y a plus qu'à rebrousser chemin ou à s'orienter en fonction du soleil et des étoiles.
On peut faire confiance au sentier : il a été formé par le passage répété des hommes ou du bétail, et vous mènera nécessairement quelque part. Souvent, il est marqué par des signes qui permettent de s'assurer qu'on le suit. Le sentier conserve le souvenir de cette présence collective, même lorsqu'on marche seul.
L'adjectif « battu » signifie « foulé par les pieds des marcheurs ».
On retrouve là le sens premier de « battre », qui désigne le fait de « frapper de coups répétés ». Ici ce sont les pieds ou les sabots qui battent le sol, tant et si bien que sur la terre, marquée par les piétinements répétés, plus rien ne pousse.
La « terre battue », avant de revêtir les courts de tennis, constituait le sol des humbles demeures. Pierre-Jakez Hélias évoque dans Le Cheval d'orgueil ces assemblées de voisins, dansant au son des cornemuses et des bombardes, et martelant en cadence la terre argileuse avec leurs sabots de bois pour aplanir le sol de la pièce à vivre.
Au figuré, celui qui suit les sentiers ou les chemins battus suit les procédés ordinaires, les moyens connus, les usages établis. Au contraire, sortir des sentiers battus c'est se démarquer, faire preuve d'audace, d'anticonformisme. C'est comme de skier hors piste.
Qui choisit de « sortir des sentiers battus » décide de s'aventurer en terre inconnue : il s'agit de prendre les chemins de traverse ou de frayer sa propre route, quitte à affronter les obstacles et les dangers. Attitude téméraire qui suppose que l'on sache s'orienter autrement qu'en suivant une voie toute tracée !
(Alain REY)