Il y a plusieurs siècles, la vieille City de Londres, sillonnée de rues tortueuses, étroites et sombres, constituait un refuge idéal pour les criminels de tout acabit. Certains provenaient des taudis urbains, d'autres accouraient de la campagne.

Or, à cette époque reculée, la police ne se souciait pas de longues enquêtes et, de leur côté, les juges ne faisaient pas de détail : la peine de mort, aussi bien pour les délits mineurs que pour les grands crimes.

D'où une abondance de cadavres de suppliciés dont les autorités ne voulaient cependant pas encombrer la ville. C'est ainsi qu'on prit l'habitude d'emmener les condamnés à l'extérieur de la muraille nord où ils étaient décapités, empalés ou pendus, les corps demeurant à la vue du public, à titre dissuasif.

Cependant, avec les années, les environs de la ville se développèrent rapidement : champs cultivés, réserves de chasse, constructions.

Il fallut établir des contrats de vente et l'immobilier prospéra rapidement... Mais personne ne voulut s'installer sur les terrains où avaient eu lieu les exécutions, même après que les autorités eurent « rapatrié » les gibets et les billots dans l'enceinte de Londres, Les « terrains maudits » demeuraient inoccupés et déserts. Faute de propriétaires, ils constituèrent le no man 's land, « le terrain à personne ».

De là, on utilisa le terme pour désigner tout endroit désolé ou dangereux et, surtout (pendant la Grande Guerre), l'espace séparant les lignes ennemies.