Agir en douceur.

Voilà une étrange mécanique que cette « pédale douce » qui permet à celui qui l'actionne d'agir en douceur.

Si depuis les années 1930 « pédale » est un synonyme familier de « homosexuel » (par jeu de mots sur pédéraste), « mettre la pédale douce » n'est pas « être légèrement gay ».

Le cyclisme, domaine d'excellence de la pédale, n'est pas non plus à l'origine de l'expression, qui nous fait décidément « pédaler dans la semoule » et dans le vide.

Plutôt que de les perdre, ces pédale, rétropédalons donc pour remonter le temps.

Bien avant l'invention de la bicyclette, la pédale était déjà un organe actionné par le pied : celles de l'orgue puis d'autres instruments de musique, tels la harpe et le piano, sont mémorables.

Or, le piano comporte un pédalier permettant de moduler le jeu. À droite ?, la pédale forte libère le son et prolonge la note. À l'opposé, l'actionnement de la pédale de gauche, ou « pédale douce » diminue le volume sonore. Appelée aussi « pédale sourde, petite pédale ou sourdine », elle amortit le son d'une note, le rend plus doux. Mettre la « pédale douce », c'est appuyer dessus et, dans le domaine des sentiments, en atténuer I ‘expression, puis « agir en douceur ».

Le vélo étant plus souvent pratiqué que le piano, on pourra continuer à penser que « mettre la pédale douce » est ralentir en pédalant. Et l'on continuera de dire « mets la pédale douce » pour « ralentis ou « vas-y mollo ! » Alain Rey