Aphrodite (déesse de l’amour) avait de qui tenir !

En principe, elle naquit d’une paire de testicules (ce qui est d’ailleurs le cas pour chacun d’entre nous), mais selon une technique assez différente...).

En effet, le dieu Krocos (qui avait mauvais caractère) ayant tué et castré son père (Ouranos), il lança à la mer les testicules qu’il venait de trancher.

Là où ils flottaient, une écume blanche se forma... d’où sortit, jeune et sensuelle, la ravissante Aphrodite !

Laquelle ne perdit pas de temps !

Sous le nom d’« Aphrodite Uranie », elle symbolisa l’amour idéal, sous celui d’« Aphrodite Genitrix », la recherche de l’âme sœur (et du corps qui va avec).

Enfin, l’ « Aphrodite Porné » fut la protectrice des prostituées, et donna son nom aux aliments et aux drogues dits « aphrodisiaques », c'est-à-dire stimulant la puissance sexuelle.

D’où la floraison d’onguents, de pilules, de philtres, de breuvages, de charmes, d’amulettes et d’incantations destinés à exciter les sens et, surtout, à revigorer les virilités défaillantes ou carrément en panne.

Tentatives aussi inefficaces que touchantes, quand elles ne sont pas dangereuses (comme la cantharide). Champ idéal pour les charlatans, dont l’un publia même cette annonce inattendue : « Avec les dragées du Fakir, faire l’amour devient un plaisir ! »

Mais c’est surtout dans le domaine plus général, pratique et concret des aliments que s’orientent les chercheurs d’effets aphrodisiaques.

À peu près tous les légumes ont ainsi été passés au crible de la concupiscence, depuis certaines salades (assez stimulantes, comme la roquette) jusqu’au céleri (dont on disait jadis : « Si l'homme savait l’effet du céleri, il en remplirait son jardin » en passant par les aromates, épices et condiments.

Le romarin, dit-on, rajeunit la vieille reine de Hongrie au point où elle fut demandée en mariage par le jeune roi de Pologne !

Quant à la sarriette, laquelle possède effectivement certains effets stimulants, (d’éminents botanistes ont attribué son nom latin (« satura » qui veut dire ragoût) aux satyres, très portés sur les femmes...

Au 17e siècle, on croyait à la théorie de la signature selon laquelle certains légumes et fruits portent la marque de leurs capacités C’est le cas de l’asperge et de l’artichaut évocateur du sexe féminin, dont la consommation dévergondait les filles !

Selon le cheikh Nefzaoui (Le jardin parfumé)

« Trente jours d’affilée, parce qu’il avait mangé des oignons,

Le membre d’Abou el Keiloukh est resté dressé ».

« En une seule nuit, sans rien manger ni boire,

Abou el Heidja a défloré quatre-vingts vierges,

C’est parce qu’il s’était avant cela gorgé de chiche-kebab ».

« En ayant bu du lait de chamelle mêlé de miel, Mimoun le Nègre, n’a jamais cessé d’éjaculer Tandis que cinquante jours sans trêve le jeu se poursuivit ».

Robert Henri