Payer en grimaces ou en fausse monnaie, au lieu de payer réellement.
Au 12e siècle, Saint-Louis décida qu'il faudrait payer une taxe pour emprunter le pont (Le pont aux changeurs) qui, à Paris, reliait l'île de la Cité à la rue Saint-Jacques.
Il y avait toutefois une exception à cette règle : les forains, bateleurs ou jongleurs qui possédaient un singe pouvaient, en guise de paiement, faire faire son numéro à leur animal.
C'est cette forme de paiement particulier qui a donné naissance à notre expression.
Payer quelqu'un en grimaces, c'est-à-dire se moquer de lui au lieu de le payer.
Le singe, étonnant animal, est connu pour ses facéties et ses grimaces.
La légèreté qu'on lui prête serait- elle à l'origine de « payer en monnaie de singe », où la monnaie en question ne vaut rien ?
Cette connotation a peut-être contribué au succès de l'expression, mais celle-ci a une origine bien précise.
Si le singe a une forte valeur symbolique, il est aussi associé à ce qu'on appelle aujourd'hui les arts de la rue. C'est, depuis l'Antiquité, l'un des animaux favoris des bateleurs, qui le dressent à faire des tours et à se produire en public. Supposé rusé, il amuse et plaît par son adresse, mais aussi par son étrange proximité avec l'être humain qu'il semble contrefaire.
L'association des simiens avec la monnaie remonte au Moyen Âge. La traversée du Petit Pont, reliant, à Paris, l'île de la Cité à la rive gauche, était soumise à un droit de péage. En étaient exemptés les saltimbanques, s'ils offraient au péager, en échange, un numéro de leur spectacle. Les gambades d'un singe savant convenaient.
Le non-paiement n'était donc pas une tromperie mais un droit acquis par une prestation en nature.
Dès le 16e siècle, « payer en monnaie de singe » évoque les tentatives de séduction visant à remplacer une rétribution. Belles paroles et promesses, la publicité aujourd'hui, sont de la fausse monnaie. Certains se laissent abuser par « un miroir aux alouettes », d'autres se méfient de « la poudre jetée aux yeux ». Un autre dicton rappelle que « ce n'est pas aux vieux singes qu'on apprend à faire la grimace ».